Pourquoi je privilégie une approche « bottom-up » dans l'accompagnement du psychotraumatisme ?

Lorsqu'une personne a vécu un traumatisme, son système nerveux peut rester bloqué dans un mode de survie. Bien souvent, elle sait intellectuellement qu'elle est en sécurité, mais son corps continue de réagir comme si le danger était toujours présent : tensions, hypervigilance, anxiété, sidération ou réactions émotionnelles intenses.

C'est pourquoi, dans ma pratique, je privilégie une approche « bottom-up » (de bas en haut). Plutôt que de commencer uniquement par l'analyse ou la compréhension des événements, le travail consiste d'abord à restaurer un sentiment de sécurité au niveau du corps et du système nerveux. Lorsque celui-ci retrouve progressivement sa capacité de régulation, les émotions deviennent plus accessibles, la réflexion plus claire et il devient possible d'intégrer les expériences traumatiques sans être submergé.

Cette manière de travailler s'appuie sur les connaissances actuelles en neurobiologie du traumatisme et s'inspire de plusieurs approches reconnues telles que l'hypnose, l'EFT ou l'EMDR.

L'objectif n'est pas simplement de comprendre ce qui s'est passé, mais de permettre au système nerveux de faire une nouvelle expérience de sécurité. C'est cette sécurité retrouvée qui ouvre progressivement la voie à une régulation émotionnelle plus stable, à une meilleure intégration des souvenirs difficiles et à un véritable processus de résilience.

On ne cherche donc pas d'abord à traiter le traumatisme mais à créer les conditions qui permettront à la personne de s'engager consciemment et en sécurité dans son processus de guérison.

Ce que montre réellement ce schéma

Il montre que la thérapie ne suit pas une logique :

souvenir → émotion → guérison

mais plutôt :

sécurité → régulation neurophysiologique → connexion → exploration → intégration.

Autrement dit :

La sécurité relationnelle précède le traitement du traumatisme.

L'intégration somatique et cognitive : un travail sur l’agentivité

L'agentivité désigne la capacité d'un individu à être acteur de sa propre vie, à faire des choix délibérés et à ressentir qu'il a du pouvoir sur ses actions et son environnement. 

Lorsqu'un enfant grandit dans un environnement insécurisant, négligent ou abusif, il doit mettre en place des stratégies de survie adaptatives pour maintenir le lien avec ses donneurs de soins (ex. : s'effacer, plaire à tout prix, se couper de ses émotions). L'enfant intériorise alors que ses besoins et ses choix ne sont pas valides. À l'âge adulte, ces mécanismes de survie persistent sous forme de schémas inconscients. La personne se sent alors impuissante, piégée dans des automatismes, et a l'impression de subir sa vie plutôt que de la diriger.

Restaurer son agentivité pour retrouver la capacité d’agir

Après un vécu traumatique, une relation d’emprise ou des expériences répétées d’impuissance, il peut devenir difficile de sentir que l’on dispose réellement d’une capacité d’action. On peut comprendre intellectuellement que l’on a des choix, tout en ressentant intérieurement que rien n’est possible. La restauration de l’agentivité consiste alors à retrouver progressivement cette expérience fondamentale : je peux percevoir une possibilité, sentir qu’elle est accessible, agir et constater que mon action produit un effet.

Ce cheminement commence par percevoir une possibilité. Il ne s’agit pas encore d’agir, mais de retrouver suffisamment de sécurité pour pouvoir envisager qu’une autre réponse est possible.

Puis vient la capacité à sentir cette possibilité dans le corps : reconnaître une impulsion, une envie, une limite ou un mouvement qui indique que quelque chose peut être fait.

La troisième étape consiste à pouvoir agir, parfois par des gestes très simples : s'approcher ou s'éloigner, dire oui ou non, demander, refuser, attendre, partir ou rester. L’objectif n’est pas de multiplier les actions, mais de retrouver l’expérience corporelle d’un choix réellement disponible.

Enfin, il devient essentiel de percevoir l’effet de son action. Que s’est-il passé lorsque j’ai parlé ? Lorsque j’ai posé une limite ? Lorsque je me suis rapproché ou éloigné ? Cette perception permet à l’organisme d’intégrer progressivement une expérience nouvelle : mon action peut avoir un effet sur mon environnement et sur ma propre expérience.

La restauration de l’agentivité n’est donc pas simplement une question de volonté ou de pensée positive. C’est un processus progressivement incarné qui permet de passer de « quelque chose est peut-être possible » à « je peux le sentir, je peux agir et je peux constater l’effet de mon action ». C’est dans cette expérience répétée que peut se reconstruire un sentiment plus solide de liberté, de choix et de pouvoir d’agir.